Cultures multi-étagées : De la haie comestible aux grandes cultures

Des décennies de lutte chimique ont dévasté les écosystèmes et suscité l’émergence de ravageurs résistants. Faut-il toujours plus de poisons ?

Désormais, l’heure est à la régulation des bio-agresseurs, non exterminés, mais maintenus à un niveau tolérable. Il est plus sage de s’inspirer et de tirer parti des processus naturels que de lutter contre (plan ecophyto 2018). Cette méthode est aussi valable dans un jardin et dans un champ, on comprend, dès lors, qu’il convient sans cesse de réguler la concurrence entre les plantes pour l’accès à la lumière, à l’eau et aux éléments minéraux et de favoriser des systèmes en polyculture et diversifiés pour lutter, sur le long terme, contre certains parasites végétaux touchant exclusivement des espaces en monocultures que sont certains champignons, avec la chalarose pour le Frêne, et certaines bactéries comme le Xylella fastidiosa pour les oliviers et les chênes verts, et qui touche actuellement la Corse, et peut-être le Languedoc Roussillon et le PACA. Ce n’est pas tellement contre le champignon ou la bactérie qu’il faut lutter – certains sont essentiels comme les Mycorhizes –, mais plutôt réinjecter de la diversité comme nous pouvons.En effet, il est plus sage de s’inspirer et de tirer parti des processus naturels que de lutter contre, et de plus, ces processus sont plus à même de réguler ces dysfonctionnements.

En conséquence, les agriculteurs évoluent dans leurs pratiques, et dans ce contexte, la bande fleurie a une belle place à prendre, comme la culture d’engrais verts et l’arbre disposé dans les cultures. Francois Warlop le résume ici.

Telebotanica ©

Telebotanica ©

Cette nouvelle méthode nous permet de mieux poser les principes que sont l’utilisation et la valorisation de la diversité inscrite dans « l’effet bordure » : on intègre plutôt qu’on sépare, on travaille avec la nature et non contre elle, et en prenant du recul, on se rend compte que dans la nature  un élément rempli plusieurs fonctions et inversement.

 Dans tous les espaces agricoles à l’abandon et aussi bien dans les friches urbaines, le « retour à la foret » est irrémédiable. Dans un système agroforestier, l’arbre a un rôle fondamental parce qu’il structure un paysage et en contrôle le caractère (regarder et comparer les arborescences d’un ginkgo biloba et d’un chêne). D’autre part, il réduit l’érosion et le lessivage des sols (moins d’excès de nitrate) ; il est un véritable ascenseur hydraulique avec ses racines qui régulent et redistribuent l’eau aux cultures. Penchons-nous sur la graminée qu’est le seigle : celle-ci a une relation privilégiée et bénéfique pour les arbres de par son enracinement en profondeur, car les radicelles de la céréale vont profiter de l’apport en eau qu’apportent les arbres et en échange, protègent ses racines fasciculées dans les premières profondeurs du sol. Il y a plusieurs types d’agroforesterie qui se développent : les haies fruitières multiétagées, les forêts-jardins, l’agrosylviculture (interaction des arbres et des grandes cultures) qui tente de lutter contre le dépérissement des terres. Cette pratique n’est innovante que de nom. Elle existe depuis l’Antiquité (noyeraies du Périgord décrites par des agronomes romains, arbres fruitiers présents dans les vignes en Aquitaine : la pêche de vigne). L’arbre empiète sur l’espace destiné aux cultures, mais l’association bénéficie à tous. Dans les cultures associées, un champ de noyers d’un demi-hectare peut donner jusqu’à 3000 tonnes de noix et le blé lui donnera 2 tonnes.

Denis FLORES – Gard FNAB©

Chez Denis FLORES dans le Gard – FNAB©

Une forêt-jardin compte jusqu’à sept strates végétatives (canopée, arborée basse, arbustive, herbacée, couvre-sol, plantes grimpantes et champignons) ; certaines de ces forêts peuvent accueillir près de huit cents végétaux sur 250 m² et jusqu’à mille arbres sur 2000m² dans le jardin de Mouscron. Une forêt-jardin est aussi personnelle que leur propriétaire : Des fruits frais et baies à gogo qui exigent le port d’un casque de chantier à chaque promenade dans le jardin, des fleurs en cascade pour butineuses sauvages et domestiques à de simples haies bocages, pour protéger du vent et donner des abris à la faune sauvage. On veillera aussi à ce que les arbres et les arbustes soient placés au mieux pour laisser passer la lumière jusqu’aux strates les plus basses. Cette approche pourrait se résumer à cette comparaison mécanique : une 2CV qui se répare et s’adapte à tous les terrains face au bolide rapide et efficace destiné à des circuits mondialisés. C’est une réponse aux défis de la crise écologique dans notre façon de cultiver et de produire. Je pense que ces systèmes sont très efficaces à une échelle locale et vivrière, symbolisée par le slogan Chestertonien de « trois acres et une vache » pour produire des fruits, des légumes, des herbes sauvages comestibles, du bois de chauffe… Charles et Perrine Hervé-Gruyer, du Bec Hellouin, imaginent le métier de « Sylvanier » : le jardinier de la forêt. Dans votre jardin, vous avez peut-être déjà tous ces éléments : quelques grands arbres dans la bordure arrière du jardin, quelques arbustes qui forment une haie. Vous n’avez plus qu’à poser les pièces de votre puzzle.

 Pour approfondir le sujet (cliquer sur les titres):

Agroforesterie, un génie végétal

Eric Escoffier, produire sa nourriture grâce aux cultures multi-étagées

La forêt jardin de Martin Crawford

Évelyne Leterme : la biodiversité amie des vergers

–  Création d’un paysage de résilience avec Louise Géhin : Institut Sylva

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