Le jardin des dialogues: pour l’insertion et l’échange

Contexte


 Le projet « Marguerite Marie » pour l’ancien couvent de la Visitation, à Paris, accueille un jardin qui de par son ambiance, favorise le lâcher-prise, amène à la contemplation d’une nature assez préservée, du fait que ce jardin soit clos et favorisé par divers « microclimats ».

Dans cet espace évolueront des associations d’accueil comme l’APA , Simon de Sirène, Marthe et Marie dont le but est de vivre ensemble en acceptant la fragilité et la faiblesse de l’autre. Ces associations pourront très régulièrement se rencontrer, voire travailler ensemble dans le jardin à chaque saison, avec l’idée que les personnes qui sèmeront, planteront, puis récolteront ensemble puissent s’émerveiller, apprendre et comprendre le jardin, ainsi :

  • le jardin se voudra thérapeutique

Un jardin thérapeutique donne des repères, grâce aux senteurs et aux couleurs (stimuler les cinq sens) et il a un réel impact sur la santé mentale et physique, cela va quel que soit le handicap.

  • Le jardin permettra un apprentissage pédagogique et ludique

Pour favoriser les ateliers d’apprentissage, de « savoir-faire » pour favoriser l’autonomie et le « bon sens enraciné » (la ville ayant tendance à déraciner). Voici des exemples : récolte et cuisine ; transformation en soupes et confitures ; entretien et fabrication d’outils ; ou encore  : cultures en Jardinières, en sacs, sur palettes, sur bottes de pailles et sur buttes auto-fertiles (lasagne : une succession de couches de matériaux récupérés sur place de type cartons, feuilles, tontes, herbes, compost, etc.)

  • A l’aide de la permaculture

C’est un moyen et non une fin, elle n’est pas dogmatique mais pragmatique (s’adapte en tout terrain et à toute personne). Elle prend en considération toutes les formes de vies dans un biotope (la biocénose qui abrite la faune, la flore et les micro-organismes) et au bout de quelques années, le jardin deviendra un écosystème durable dans lequel les éléments seront interconnectés et interdépendants. C’est en cela qu’on évoque la perma-culture qui veut dire au fond, que le jardinier accompagne des cultures permanentes, plus qu’il ne les domine, il maintient un équilibre entre le jardin et les actions humaines dans celui-ci.

 

Activités-potager:solidaire&partagé_APA©

Activités-potager:solidaire&partagé APA©

 

Des formats adaptés pour le travail de réinsertion au jardin


On peut imaginer :

  • 1/2 journée hebdomadaire, pendant laquelle les personnes travaillent dans le potager (comme dans un jardin partagé), il est ouvert à tous selon le temps et les envies de chacun. Il important que les journées soient portées par une équipe qui propose des thèmes sur le potager/l’entretien d’un jardin, la reconnaissance des plantes, etc. selon un calendrier de saisons.
  • 2 à 3 journées mensuelles d’entretien et d’agrémentation du jardin au-delà de l’espace potager avec un professionnel/formateur en permaculture qui peut accompagner et former des personnes accueillies en insertion.

La sobriété […] On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie […] La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut que finir par porter préjudice à la société et à l’environnement.

Pape François, Laudato Si’, n°223-224

Maraichage réinsertion de type "réseau de cocagne": A la bonne ferme©

Maraichage réinsertion de type « réseau de cocagne »: A la bonne ferme©

 

Les dialogues – résumé


 

Dialogue n°1 : découvrir et s’émerveiller de la nature

La nature est belle, diverse, intelligente. « La beauté de la nature reflète la beauté du créateur » nous dit le proverbe.

 Elle concerne tout le monde et plus encore le citadin déconnecté des réalités de la terre. La permaculture est une approche qui permet d’intégrer et de redécouvrir une nature en harmonie. On peut commencer à s’émerveiller, à s’interroger, à travailler en atelier, à s’instruire, et à reconnaitre avec humilité et respect l’immensité des mystères de la nature.

Ainsi, ce potager tend vers une gestion permacole (« permanente-agriculture ») : on restitue la diversité et la complexité de la nature. Chaque​ élément a plusieurs fonctions et chaque​ fonction est assumée par plusieurs éléments. En d’autres termes, on réintroduit des écosystèmes interconnectés ou interdépendants.

Le découpage en zones montre à quel point la nature est étonnante :​

  • Polyculture:

Le jardin est un lieu où se développent les relations « amicales ». le compagnonnage consiste à planter en association pour que les plantes soient en interaction mais surtout dans le contexte urbain,  mieux gérer des attaques massives de nuisibles (exemple : le buis et la pyrale). Par exemple, l’oignon et la carotte mettent en commun leurs forces pour éviter les parasites… (-> zone 2)

  • Biodiversité:

Plantations d’essences variées – arbustes rustiques, arbres fruitiers, plantes grimpantes et couvre sols (fraisier des bois, pervenche, lierre, helxine, etc.), des plantes vivaces comestibles (physalis) et apportant de la fraicheur (hosta, fougère) -, qui attirent de multiples ​pollinisateurs, auxiliaires, etc… Des buttes auto-fertiles ou spirales de culture sont mises en place pour densifier et embellir. Ces microclimats aident à produire des légumes et fruits à profusion, de plus, un arbre fruitier ne donne pas seulement du fruit, il procure aussi de l’ombre, il peut servir de support pour une plante grimpante. (-> zones 3-4)

  • Recyclage:

Rien ne se perd, tous les déchets verts se recyclent : paillage permanent (BRF, feuilles) et compost (-> interaction zones 2-3-4)

  • Faune :

Les poules accélèrent le compostage et sont les fournisseurs officiels du petit déjeuner. Les abeilles pollinisent et produisent leur miel à partir de chaque plante du jardin.

Dialogue n°2 : se rencontrer entre voisins

Le jardin est très favorable à la rencontre.

Il nous décentre de nous-mêmes pendant un temps, en acceptant le lâcher-prise, pour contempler une nature agissante et silencieuse. Chacun, fort ou fragile peut se retrouver dépouillé, égal devant l’œuvre de la création, égal devant la contemplation d’un insecte à l’ouvrage ou devant la poussée soudaine d’un radis. On « aggrade » un sol, comme on « aggrade » des relations humaines.

Un potager solidaire et pédagogique (ludique)​ Chaque vendredi matin (organisé par l’APA, en lien avec un référent pour chacun des groupes/communautés qui vivront sur le lieu).

  • Un moment convivial d’atelier à thèmes, de​ partage de pratiques, d’apprentissages et​ de discussions informelles, suivies d’un repas partagé;
  • Un possible tremplin d’insertion vers des​ associations partenaires ​: la découverte du jardinage aide les personnes « fragiles » à découvrir le goût du travail bien fait  et à développer des aptitudes grâce à une présence régulière aux ateliers potagers. [1]
  • Un potager ouvert aux écoles voisines (lycée Saint-Nicolas), associations (104, 106…) et paroissiens Notre-Dame des Anges ;
  • Un parcours d’initiation, avec la mise en place d’un parcours ouvert aux personnes de passage ponctué par des pancartes explicatives ;
  • Une plateforme de compostage accessible aux voisins, le long du passage. Lieu didactique où les richesses sous-estimées du compostage sont expliquées.

[1] Cf expérience avec « la bonne ferme » à Vaumoise: http://www.alabonneferme.fr/

Dialogue n°3 : se recueillir, méditer

Le beau, le calme, le silence de la nature invitent à la méditation.

Hors du rythme trépidant de la ville, le jardin permet de re/découvrir la bienveillance du Créateur. La nature apprivoisée offre ses bienfaits : Nature, Beauté et Bonté sont indissociables.​

  • Mise en valeur de quelques statues choisies. Une pancarte commémore l’histoire monastique du jardin (à réaliser avec les sœurs de la Visitation).
  • Un jardin liturgique : un espace surélevé, protégé par des arbustes, accessible par une spirale qui place le talus à l’écart. On s’y retire pour trouver le calme, faire oraison, prier. Quelques bancs disposés de part et d’autre permettent de célébrer une messe en plein air. On y cultive aussi des plantes liturgiques pour la chapelle de la Visitation, et pour la paroisse (ND des Champs / des Anges).

Il faut prendre soin des lieux publics, du cadre visuel et des signalisations urbaines qui accroissent notre sens d’appartenance, notre sensation d’enracinement, notre sentiment d’« être à la maison », dans la ville qui nous héberge et nous unit. […] Toute intervention dans le paysage urbain ou rural devrait considérer que les différents éléments d’un lieu forment un tout perçu par les habitants comme un cadre cohérent avec sa richesse de sens. Ainsi les autres cessent d’être des étrangers, et peuvent se sentir comme faisant partie d’un « nous » que nous construisons ensemble. Pour la même raison, tant dans l’environnement urbain que dans l’environnement rural, il convient de préserver certains lieux où sont évitées les interventions humaines qui les modifient constamment.

Pape François, Laudato Si’, n°151

 

Design-jardin_Marguerite-Marie_ContemplaVert©

Design-jardin_Marguerite-Marie_ContemplaVert©


Ce projet a été pensé collectivement, par quatre amis de l’association pour l’amitié.

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