Reportage – Arborescence – le bocage et ses trognes

Dans ces haies bocage notamment en Normandie et dans bien d’autres régions du sud-ouest, on peut encore trouver ces quelques trognes souvent éparses, émiettées et oubliées. Ces trognes de par leurs arborescences uniques, en forme « tentacles », ne décrivent pas juste une essence, mais une essence avec son histoire et son interaction avec son environnement.

On compte 250 noms et expressions de nos terroirs en France, pour désigner ces arbres paysans : Trognes, arbres têtards (« arbres à grosses têtes » en Anjou) , têtons, étrognes, tocards, truisses, tronches, gueules, bougues, ragolles ou charpoules et Rousses dans le patois Normand.

Arborescence - le bocage et ses trognes

La trogne est une construction paysanne – l’agriculture de l’arbre comme certains le témoignes  – on parle maintenant d’agroforesterie.  C’est un renouvellement de l’arbre, qui deviendra une cathédrale de merveilles à plusieurs étages qui fait circuler la vie, elle sera utile à l’homme, à l’oiseau et à l’insecte. En contemplant une trogne vénérable, on comprendra qu’il ne s’agit pas tant de maitriser une « coupe » mais de s’insérer dans une véritable écoute de l’arbre selon ses cycles, sur le temps long.

La trogne s’intègre dans un maillage bocager et ces haies bocagères sont à retrouver expressément, notamment dans notre contexte climatique perturbé, et ces prévisions météorologiques imprévisibles. Au-delà de changer quelques habitudes au jardin, aux champs, dans la foret, quelques pistes ici. La trogne et son bocage permettra de nous donner sur le temps long, des enseignements sur les dynamiques vivantes de résiliences émises par ces micro-climats.

Enfin en terme technique, la trogne n’est pas une essence particulière, c’est une manière de conduire cette essence, généralement sur un arbre dit « feuillu » (frênes, tilleul, saule, etc.). Cet arbre au gré de son histoire aura de multiples usages. Dans un temps jadis on la nommait la « forêt du paysan » ou « arbres de cueillette », proche des villages cette valorisation et entretien pragmatique de l’arbre servait à de multiples usages: la vannerie, le fourrage pour nourrir le bétail, le bois pour le charbonnage et le chauffage, la récolte ses feuilles (plus accessible) pour un usage médicinale ou comestible. Pour une petite ferme et sa famille, avec peu d’outils et de bras, on pouvait aisément se fournir en bois de chauffage, de s’approvisionner en fagots pour cuisiner, de récupérer des perches bien droites pour mille usages du quotidien (vannerie, clôtures, fabrication d’ustensiles), sans faire tomber un arbre en entier.

Ci-dessous, le reportage de Maxime pour le « gout du rêve » sur Dominique Mansion, le spécialiste du sujet qui explique et nous fait comprendre que pour de petites exploitations « Contrairement à l’arbre forestier coupé une fois pour toutes, la trogne permet la possibilité d’une récolte rapide ».

Dans un futur très proche et dans notre contexte énergétique en transition, les trognes seront plus qu’adaptés pour les particuliers, les petites exploitations et les micro-fermes en permaculture – comprenant l’agroforesterie; avec des outils et la mécanisation adapté, il est possible à créer une économie autour des trognes pour le fourrage, le bois‑énergie, le bois d’œuvre et le bois fertile qui sont les quatre principales productions issues des trognes.

Sur le terrain

Quand on trogne, on tonifie l’arbre d’une certaine manière, il vivra plus longtemps et il sera moins sensible aux excès climatiques, les racines deviendront plus profondes et les troncs -plus petit et moins en prise aux vents résisteront mieux aux vents; les cavités laissés par ces émondages successifs se transforment en auberges avec gîte et couverts pour oiseaux (fringilles, corvidés et rapaces nocturnes), petits mammifères et plantes surtout épiphytes voir à racines (un houx poussant dans une vielle trogne de chêne).

© image de la l’article « Trognes d’aujourd’hui | 4 saisons n°246 » pour terre vivante

Extrait – regardant ce croquis : « Créer une trogne, c’est un peu choquant quand on ne connaît pas. » Dominique Mansion en a bien conscience « mais, contrairement à ce que l’on entend souvent, ces arbres ne sont pas mutilés. En fait, il vaut mieux trogner un arbre que le couper : on préserve sa pérennité.
Il ne s’agit pas de faire des trognes de tous les arbres, mais de bien comprendre que l’objectif des paysans était que ces arbres vivent le plus longtemps possible : c’était vital pour eux… » À un point étonnant : en Crète, il existe une trogne d’olivier de 3 000 ans ; en Angleterre, à Windsor, un chêne a vécu jusqu’à 1 300 ans. Dominique Mansion rappelle aussi que « créer une trogne, c’est s’engager. Non seulement auprès de l’arbre, mais aussi s’engager à transmettre le savoir‑faire nécessaire à sa longue vie auprès des jeunes générations ».


  • Les espèces adaptésplutôt nord de la France : Saule, frêne, peuplier noir, chêne, platane, mûrier, charme, hêtres, érable champêtre, tilleul, châtaignier et marronniers… sont les arbres les plus communément trognés.
  • plutôt sud : Elle cite ainsi « le mûrier blanc, le figuier et le saule marsault, pour les arbres, le prunellier et le sureau (arbustes) et la grenadille. »
  • La trogne n’est pas adapté aux conifères et aux fruitiers à noyaux.

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