A la découverte des plantes sauvages

Cet article a été écrit par Braconnier du Cosmos, le 7 août 2017

En découvrant il y a une petite année, la cueillette des plantes sauvages sur le terrain, j’ai mieux compris dans mon métier de jardinier l’intérêt d’appliquer un désherbage sélectif et de revaloriser certaines « plantes adventices » trop vite déconsidérées, qui répondent pourtant à nos besoins nutritifs profonds. Plus fondamentalement, il s’agit de restaurer une proximité immédiate avec les plantes, moins vitrifiée. La distance entre nous et le monde vivant, de par son industrialisation, aboutit à une insensibilisation, où l’on accepte tout (à titre d’exemple, les gens mangeraient peut-être moins de viande si on leur donnait la possibilité d’aller voir comment cette viande est produite).

En premier lieu, l’homme a négligé la « nature sauvage » comme source de son alimentation et oublié de nombreux savoirs, comme par exemple le bon usage des plantes avec la phytothérapie pour soigner les maux du quotidien sans piocher d’emblée la carte paracétamol ou valium dans la médicamentation courante aux nombreux effets secondaires, à réserver pour les situations urgentes. Par exemple, l’univers végétal a son propre valium avec la valériane et son paracétamol avec la menthe poivrée.

"Les plantes sauvages sont bien plus savoureuses et moins chères que les pilules multi-vitamines  du pharmacien" Francois Couplan

 

La grande partie de l’alimentation des hommes dits primitifs était d'origine végétale. Ils étaient surtout cueilleurs avant d'être chasseurs. Le début de l'agriculture à l'ère néolithique, nous montre que les choses n'ont pas changés du jour au lendemain et que le ramassage des plantes sauvages pour se nourrir, cohabita longtemps avec les cultures qui étaient principalement constituées de céréales et légumineuses.

Le dédain pour les « herbes sauvages » s’explique sans doute par le progrès continu de l’agriculteur mécanique. Tout ce que l’homme n’a pas semé et planté dans son champ et qui apparait sans invitation, est une « mauvaise herbe » c’est bien malheureux et c’est un peu pareil dans nos jardins. Ces fameuses « mauvaises herbes » que je préfère nommer « indésirables »  pour beaucoup sont des légumes oubliés et réputés, on peut citer dans la famille des chénopodiacées : le Chénopode blanc, l’Arroche et le Bon-Henri qui était très bon en salades ou cuit; ces trois plantes étaient des épinards de prédilection au début du XXe siècle chez certains maraichers. Ces plantes qui ont nourri nos ancêtres ont été progressivement et totalement dévalorisées durant le développement industriel et durant l’exode rural, entre la fin du XVIIIe et jusqu’au mi du XXe siècle. Les paysans montés en ville pour devenir ouvriers n’ont pas hésité à oublier leurs coutumes alimentaires rurales, constitué de pain complet, de légumes, de graines et d’oléagineux et de plantes sauvages pour adopter les gouts et les mœurs alimentaires de la noblesse et de la bourgeoisie de l’époque. À l’époque, on s’émancipe de la condition de servage par l’alimentation basé sur la viande, le pain blanc, le sucre et les légumes/fruits d’origine exotique. À titre de comparaison, cet exemple met en lumière le modèle encore trop prédominant de l’industrie agro-alimentaire qui nécessite une réduction croissante du nombre de produits cultivés et commercialisés par l’exemple des variétés de pommes et de tomates.

Les vertus des plantes sauvages ont plusieurs intérêts, un plaisir gustatif hors-norme qui réveille les papilles endormies, des valeurs nutritionnelles exceptionnelles. Prenons juste l’exemple de l’ortie qui renferme des protéines complètes : autant de calcium que le fromage, plus de fer que l’épinard)

Les fruits du  Cynorhodon ou « gratte-culs », le faux fruit de l’églantier (Rosa canina) sont 20 à 100 fois plus riche qu’une orange, en vitamine C !

le Cynorrhodon

Le fruit de l'églantier : Cynorhodon. De ces fruits on en fait surtout des sirop, gelée et confiture. Les tisanes de fruits en mélange avec d'autres plantes, relèvent les saveurs.

 

À l’avenir, nous devons clairement revoir notre consommation alimentaire pour limiter les problèmes alimentaires liés en autres, aux sucres blancs et sodium et à des apports trop déséquilibrés en oméga 6 par rapport à l’oméga 3. Les plantes sauvages, sans théorie, peuvent bel et bien rééquilibrer notre alimentation, la compléter et pallier les carences que nous remarquons depuis trop longtemps.

Pendant mon stage de 3 jours chez Christophe de Hody, des questions revenaient régulièrement sur la pollution et la toxicité des plantes. Mais on est loin de se douter qu'il y a en fait plus de plantes toxiques (parfois mortelles) en pots cultivés sous une véranda ou dans un jardin d’ornement (de type laurier rose, datura, if) que dans un bois. En France, les plantes mortelles se comptent sur les doigts de la main. Mes premières visites avec Christophe m’ont permis de dépasser un cap, de franchir une rivière sans avoir pied… C’est à cette occasion que j’ai mangé ma première boulette d’ortie ! C’était d’autant plus surprenant pour le jardinier de longue date que je suis, très sensibilisé aux questions de jardins résilients et spontanés, m' a permis de redécouvrir les propriétés des plantes sauvages.

Une laitue sauvage

Une laitue sauvage

 

Cultiver des plantes sauvages


 

Il y a dans bien souvent au fond de nos jardins, des espaces où on peut trouver des orties et souvent à leur pied des plantes couvre-sol comestibles de type lamier panaché, blanc ou violet et quelques pieds isolés de consoude et de berce spondyle. Elles sont à garder, leurs vertus sont aussi nombreuses que leurs graines. Cependant, nous pouvons davantage planter de la biodiversité dans nos jardins. Walter Keirse a ouvert une pépinière AtmosVert produisant des plantes adaptées pour des cultures mutli-étagées, haie et plus largement pour l'aménagement d'une forêt-jardin, en voici une liste.

 


Quelques règles:

- on récolte les plantes identifiées, avec certitude ;

- on ne cueille pas une plante comestible qui est rare, là où vous la trouverez, il faut toujours repérer à côté quelques exemplaires, cela peut entraver à sa reproduction ;

- ne pas ramasser certaines espèces protégées ;

- on évite les plantes de bords de route ou à côté de champs où on suppose probablement que ceux-ci ont été arrosés par divers « biocides » ;

- à part pour déguster les racines, on ne déracine pas une plante tant pour qu’elle continue à se développer et pour laisser l’action de la rhizodéposition qui est bon pour le sol. Il est mieux de les prélever en pinçant les tiges entre le pouce et l’index ou les coupant avec le sécateur ;

- on ramasse juste ce dont on a besoin, les plantes sauvages peuvent se conserver au froid (congélateur) et pas plus de 10 jours au réfrigérateur, on les consomme aussi fraiches que possible pour ne pas perdre tout le potentiel nutritif ;

- pour la récolte : le sac de toile est le plus adapté, des gants en cuir et une petite épinette;

- on trie sa récolte et on lave à l’eau en comptant une dose de 1/10 de vinaigre blanc ;

- Quand a un doute au niveau des parasites de type échinococcose (urine de chiens et renards) qui n’est pas présent partout en France, ont fait « blanchir » les plantes ;

En complément, plus précision dans cet article du « chemin de la nature »

Il est bien de faire régulièrement des stages et en pratique courante, lister une base de 5 à 10 plantes sur quelques mois ou une année et les cuisiner sous toutes les coutures crue ou cuite, dans le but de mieux les connaitre.

A gauche, le grand plantain, à droite, le plantain lancéolé

Appliquer un pansement sauvage : Feuilles fraiches de plantain lancéolé ou de grand plantain. On écrase la plante pour en faire une bouillie, à la main ou avec un mortier. On l'étale sur la blessure (couche de 3 cm) et l'on maintient avec une compresse stérile suivie du bandage. On renouvelle le pansement plusieurs fois par jour, si possible. Pour toutes sortes de piqures et allergie cutanée, on applique juste la feuille en frottant, allié avec l'huile essentielle de lavande aspic, cela est encore plus efficace !

 

 


Bibliographie :

- Cueilleur Urbain de Christophe de Hody

- Carnet de cuisine sauvage de Bernard Bertrand

- Le régal végétal Reconnaître et cuisiner les plantes comestibles de François Couplan

-L'assiette sauvage: des retours d'expériences et des recettes, c'est ici

Vous trouverez la suite de l’entretien avec Christophe de Hody, pour continuer à vivre la réconciliation avec la nature à proximité de chez vous, ci-dessous : (cliquez sur le lien pour voir la suite de l'article)

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Cet article dépend du thème Terrain.

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