La série d’article sur Détroit qui suit, a été écrite entre 2012 et 2015. Elle ouvre sur des thèmes importants: l’évolution des « villes globales » et « l’urbanisation du monde » et leur transition, dans une dynamique « d’écologie intégrale ».1

Le contexte Américain et la notion de « ville globale ».

Les villes ont toutes des spécialisations précises, selon leur densité et leurs pôles, connectés ou non. Certains sociologues saisissent la ville comme des espaces d’interdépendances2, ou comme une reconfiguration permanente par des transformations socio-économiques sous l’effet de la mondialisation3 comme processus naturel. Une ville pourrait alors survivre comme plateforme d’échange en dehors des « Etats-nations » et comme des villes mondiales organisées en réseau, ce qu’Olivier Dollfus a qualifié d’ « archipel mégalopolitaine mondial », par exemple, le cas de Paris est regardé comme « ville globale » ou « ville mondiale », voyant apparaitre quelques indices de gentrification favorisant l’émergence d’une nouvelle classe de « nomades hyper-connectés » ou « expatriés dans les villes globales ». Cette nouvelle organisation de villes interconnectés se fait, dans le dos de l’état, otage du secteur financier comme l’explique avec précision, Myret Zaki.

Les villes sont alors isolées de la régulation interventionniste de l’état, selon des pôles de compétences en autonomie, se fondant sur l’insertion de la ville par rapport à un réseau de firmes, de services supérieurs aux entreprises4. On parle même d’une économie de l’espace : « géo-économie »5 pour décrire un territoire et son avenir. Ainsi par rapport à cette théorie, la ville globale se meut directement avec la mondialisation, elle ne repose pas forcement sur des critères quantitatifs comme la population ou la richesse (le Produit Urbain Brut), même si ceux-ci sont utiles, car ils permettent une hiérarchisation au niveau du territoire, mais au contraire sur des critères qualitatifs, c’est à dire le rôle joué dans le circuit économique mondial.

 

La défense (Paris) © urban-exploration.com

 

Pierre Veltz nous dit qu’une « Ville globale » 6 se définit par une série de mesure, qui répond à ce critère du « global network connectiviy » : la connectivité de la ville est définie par rapport à ce critère. Cette connectivité (mesure) doit prendre en compte le nombre des sièges sociaux (multinational) de la capitalisation boursière, des taux d’accroissement, mais aussi des vols directs internationaux. A la vue de ces comparaisons, certaines métropoles ne jouent qu’un rôle mineur dans l’économie globale, mais un rôle majeur dans les flux régionaux et internationaux. Le Caire par exemple et d’autres villes comme Sao Paulo et Mexico prennent place dans ce mouvement, en tant que pôle de sous-traitance.

Dans cette « économie d’archipel »7, la croissance des métropoles met en évidence un caractère profondément inéquitable et inégalitaire entre celles-ci, dans leurs fonctions de développement attractif entre décision, culture et finance, tel qu’il est promu à l’heure actuelle. Les villes sélectionnées qui croissent toujours plus sont représentées en tant que « postes de commandement »8 de l’économie mondiale qui accueillent les directions des multinationales, les marchés de capitaux internationaux et les laboratoires de l’innovation technologique. Également, en raison du fait qu’elles sont déclassées de l’autorité des états par cet échange entre économies d’archipels. À l’opposé, certaines métropoles périclitent lentement pour la simple raison qu’elles ne rentrent plus dans ce programme global qui redéfinit de nouvelles règles du jeu, elles échapperaient à ce processus d’internationalisation : c’est le cas de quelques villes aux États-Unis qui se décalent et s’éteignent peu à peu, sous prétexte de n’être plus actives dans les flux mondiaux d’affaires. Devenant progressivement depuis les années 1970 notamment, des villes périphériques et débranchées, dans une dynamique globale avec une conséquence sur les systèmes de villes nationales entraînant une sélection des plus grandes villes articulant leur domination locale dans un système de villes mondiales. Ces grandes métropoles d’autrefois sont perçues ainsi, de moins en moins comme gisement de secteurs productifs mais au contraire comme des charges inutiles.

Le cas de Détroit est particulièrement intéressant. Dans notre monde occidental, cette métropole d’antan et de gloire passée est devenue le premier exemple de relique curieuse9 : Ville friche d’importance qui engloberait une nouvelle réflexion sur le plan social, l’économie et l’écologie entre espoir utopique et anomique. D’une part, la ville se reconstruit comme nouveau terrain de jeu pour de nouvelles alternatives dans la façon de vivre et d’autre part, comme décrépitude, ou les indigènes du lieu attendant ce grand relais de croissance pour reprendre la vie d’avant.

Quand on parle de « ville globale », on regarde la structure et la dynamique des territoires et des villes qui ne sont pas seulement déterminée par leurs propres manières de produire (uniquement PIB). Au chapitre économique, la ville est depuis des décennies en chute libre, en d’autres termes tombant en morceaux. Auparavant, elle était considérée comme la ville la plus riche (année 1950-60) avec des revenus médians par ménage les plus élevés du pays durant la grande aire du capitalisme industriel qui chronologiquement représentait le fordisme d’avant-guerre avec la représentation de l’usine « Crystal Palace » (Highland Park Plant) d’Albert Kahn ; la seconde guerre mondiale comme apogée pour Détroit dans l’effort de guerre américain et le fordisme des années 50-60. Les « big three » (les trois grands constructeurs automobiles : Ford, Chrysler et General Motors) ont vu leurs productions de masse s’isolant peu à peu à niveau international et subsistant principalement à niveau national10, se laissant supplanter par la pression constante et progressive avec la concurrence des marchés de l’automobile jusqu’à frôler également l’apoplexie juste après la crise financière débutée en 2007 aux États-Unis.

La première particularité de Détroit en tant que « Conurbation »11, vient du fait qu’elle a été victime d’une « hyper-spécialisation »12. Non seulement, elle a été l’une des plus grandes villes industrielles des États-Unis voire la plus grande, mais de plus, elle était entièrement consacrée à un type bien précis d’industrie liée à l’automobile. L’histoire de Détroit13 est remarquée par son état de désolation sur bien des aspects, mainte fois énoncé depuis quelque temps, il est important néanmoins de souligner quelques points importants mettant en relation la géographie et l’économie, à ce cataclysme urbain. En principe, le déclin aurait commencé à partir des années 30 avec le krach boursier de 1928. De 1910 à 1930, la ville est la 4e ville des États-Unis la plus importante avec 1 million et demi d’habitants.

À partir de ce moment la ville n’aurait jamais vraiment récupéré, la vétusté du bâti aurait commencé à partir de la dépression. Pour un certain nombre d’analystes deux évènements majeurs seraient la crise socio-ethnique des années 60 et le déclin industrielle progressif qui amène deux explications. La première « culturelle » et la deuxième « économique » menant à la crise urbaine. De cette manière, le but ici sera de montrer les évolutions en rapport avec le national (gouvernement fédéral) et le mondial.

De déclin en déclin économique mais aussi politique: révolte de la communauté afro-américaine en juillet 196714 faisant 43 morts en 5 jours; le choc pétrolier de 1974-1979 fatales pour cette ville qui produisait des voitures très gourmandes en carburants ; chute démographique de 1.1 million d’habitants en un demi-siècle (de 1950 à 1960, Détroit perd 200 000 habitants.

© Detroit, faillite d’un symbole

Actuellement à l’échelle des États-Unis : Détroit est classé 66e sur 68, elle enregistre les taux de criminalité15 et de chômage les plus élevés du pays et le niveau d’éducation le plus bas.

Par ailleurs, on relève un territoire qui est à 35% inhabité (fait rare dans l’histoire urbaine), c’est-à-dire, fait unique dans les métropoles mondiales : 1/3 de sa superficie est en friche ce qui représente la superficie de Paris et de San Francisco. Certains géographes nomment ce phénomène le Shinking city (« la ville qui rétrécit »). Un déclin industriel touchant la grosse majorité des populations ouvrières se retrouvant au chômage mais également pris dans une logique de dettes illégitimes et abstraites avec la base de produits obligatoires dérivés : les « subprimes », venant parachever le dépeuplement.

En septembre 2010, à Détroit passe sous le seuil des 750 000 habitants, la ville ne bénéficie plus des aides de l’état fédéral. Mauvaise gestion depuis 1970, de la part de la ville du fait, qu’en niant les réalités géoéconomique, elle investissait et pensait toujours à un redressement spontané de la machine capitaliste « post plan Marshall ». La ville offrant en permanence ce faux avantage matériel d’une consommation ludique bas de gamme allié à « l’American way of life » se maintenant notamment dans le territoire doughnut16 de Détroit.

Actuellement le contexte de Détroit : un chômage de 22.6% recensé officiellement, plus de 40% (chiffre réel), avec 20% de la population ne bénéficiant pas des services de base et pour assaisonner cette grande indigence, à cela une coupe budgétaire d’importance dans les services publics (transports, système scolaire, police, etc.). Il faut par conséquent comprendre que s’il y a ou eu, une annulation partielle ou totale de la dette de juillet 2013, il faut relever que les problèmes d’activités économiques demeurons, que la population actuelle qui est imposable est bien trop frêle pour relever le déficit par l’impôt et enfin, des placements de nombreux créanciers, qui sont eux-mêmes de simples habitants de Détroit.17

D’autres villes aux Etats-Unis connaissent des problèmes similaires, où elles ont simplement en commun d’être en déclins démographiques avec cette « désindustrialisation hyperspécialisée » selon les secteurs. On en compte huit autres, on peut citer Atlantic City18, cité balnéaire et deuxième capitale américaine des jeux d’argent. La ville s’est fait connaitre au moment de la crise des subprimes, dans celle-ci florissaient les pancartes « For sale » et « Forclosure » et voyaient ces casinos en perte constante, ne pouvant plus rembourser ces investisseurs avec une crise climatique (l’ouragan Irene en août 2011).

 

Casino à Atlantic City

 

Atlantic City a comme point commun avec Détroit d’être attachée à cette fameuse « hyper-spécialisation » comme énoncé précédemment, touchant pas mal de villes aux États-Unis. La ville est très dépendante de ses casinos, le tourisme (national et transnational) se développe presque uniquement par et pour le jeu.

A titre de comparaison, la ville de Las Vegas se maintiendrait davantage en raison d’avoir des programmes d’animations plus variés, vis-à-vis des touristes. Cet élément d’importance démontre qu’une ville se pérennise ainsi par sa connectivité à des secteurs pluriels et diversifiés qui résulteraient d’une combinaison très large de configuration socio-politique et socio-spatial. Par conséquent, ces villes ont ce dénominateur commun d’être en totale restructuration économique et de là, en restructuration urbaine. Le marché du travail est en corrélation directe avec le marché du logement, conjointement soumis à de fortes mises en tension dans le processus d’internationalisation à condition de les cadrer dans le modèle des« villes globales »19.

Las Vegas serait la deuxième grande agglomération en crise des Etats-Unis après Détroit.

À titre indicatif, en 2011, il restait 4.3 millions de foyers en retard de paiement (plus de 90 jours) soit en court de saisie sur le territoire américain. La dette donne un ratio de 28 % des américains qui auraient la « under water »20. Las Vegas avec la crise des subprimes de 2007, c’est révélé comme « ville factice » par ces masses de lotissements ne contentant que peu de personnes qui pouvaient rembourser/acheter leurs maisons. La ville « Simcity casinos » faits de « papier carton » à l’image d’un Disney Land Studio qui était la plus consommatrice d’énergie au monde21, qui était déjà dans une logique de surcodage et qui était en triomphe absolu jusqu’à 2008 par rapport à sa croissance qui fut la plus rapide aux États-Unis, se révèle avec la crise dans une dualité trop importante. Celle qui fut construite sur des interprétations d’un néolibéralisme forcené et perfectionné, les premiers symptômes d’étouffement montre que la réincarnation de ce système ne fera pas tenir la ville à ce rythme. Las Vegas sera peut-être amené par disparaitre22?

Casino Las-Vegas © Yves Morel

Cette grande échappée du concret devient réelle, dans un espace constitué lui-même de « symbole » comme gène original à la construction de la ville. Le faux devient encore plus faux, il s’écroule davantage vite et totalement. Le premier exemple des subprimes à démontrer qu’il a fallu en un rien de temps, pour tuer de façon notable et durable, la croissance de toute la ville.

De surcroît, la ville « post-industriel » des années 70 et 90 constituée dans son essence même par le divertissement ne peut plus exister comme cela. Cette fin propre à Las Vegas est un avertissement23 pour d’autres villes fondées sur les mêmes contextes comme Atlantic City entre autres. Mêmes contextes, à l’image des prêts à taux variables24 où la faillite rattrapera de milliers d’emprunteurs en les précipitant dans l’expropriation. Chantage par l’accès au crédit comme moteur de la consommation allié à une politique débridée cherchant du « sens » ou essayant de le recréer, des villes américaines en favorisant la construction de salles de jeux en franchises de taxes. Ici, pour beaucoup d’habitants, le simulacre est réalisé : annihiler la tradition radicale des travailleurs pour éviter une insurrection ? Où le système de la dette contribue à un investissement urbain continu. Dans ces maisons toutes prêtes, promesse d’opulence matérielle à la demande, avec ces équipements durables et technologiques, modèle prévu pour un modèle de « famille nucléaire stable » que présentait les sitcoms d’antan semblent aujourd’hui déboucher sur un échec constaté. Ces futures maisons de l’American way of life, sont progressivement pillées25. Perte absolue pour les banquiers, débouchant par la contrainte, à une affirmation de vivre autrement avec cette fameuse idée pressentit par les locaux ; de la fin d’un modèle et de représentations constituées par l’économie, l’écologie26 et le culturel.

 

Las-Vegas © Florent Tillon

 

Comme Détroit, avec une courbe du dépeuplement à fortiori exponentielle que linéaire. On comptabilise, 300 000 départs de Las Vegas en 4 ans, et 250 000 en 20 ans pour Détroit27. Un départ encore plus brutal que Détroit. Tout aussi soudain et brutal, le développement de la ville qui s’est construite en 30 ans avec 3 millions d’habitant.

Voici un petit récit de Florent Tillon de son documentaire : (Cliquer sur image, lien teaser)

« Las Vegas est très différente de Detroit, si cette dernière est proche de la nature, de la lenteur, du calme, de l’espoir, Las Vegas est proche du désert, du vide absolu, des ténèbres, de la violence, du sexisme, de la machine, des gros moteurs baveux, du luxe, de la destruction écologique, de la fin du monde, vraiment. Si Detroit était le symbole de la transition, Las Vegas pourrait bien être le symbole de la fin définitive et sans appel. Mais bon, quand Sodome et Gomorrhe furent détruites, d’autres villes survécurent et avec elle la civilisation…28

Cette chronique est représentative des États-Unis en tant que continent plus que diversifié dépassant le modèle territorial d’un pays. En effet, on ne peut pas calquer ce modèle au contexte européen, pensant juste à une extension d’un contexte. Du Michigan au Nevada, nous observons plusieurs Amériques avec des disparités territoriales gigantesques et un énorme écart du « niveau de vie », des écarts sans soute plus élevés qu’entre des pays d’Europe. Les coexistences de situations étaient très diverses, avant 2008, entre Détroit et Las Vegas à la représentation d’une grande paupérisation presque « tiers mondiste » à une « opulence déraisonné ». Par rapport à ce constat de décrépitude majeur dans certaines agglomérations, des états mentionneraient la sécession pour mieux anticiper la décroissance du système américain. On parle de 24 états voulant faire sécession, le Michigan (État de Détroit) en ferait partie.

Du second fordisme caractérisé par la suburbanisation des cols blancs au postfordisme incarné par des centres d’activités multifonctions, le pillage du capital aux États-Unis, s’est fait dans ces zones industrielles. De sorte que la base industrielle n’existe plus vraiment. Annoncer que les nouvelles voitures produites ne font plus qu’un avec l’IA informatique, ce qui permet d’embaucher de milliers d’ingénieurs informaticiens prétextant l’argument de renaissance de l’industrie avec le digital ne suffira pas forcement à redresser cette industrie dans son ensemble. Mais encore, le directeur financier de Ford à titre d’exemple, souhaite à espoir de relancer toute la chaine du procès de fabrication de voiture aux États-Unis, arguant le maintien de la tradition du Michigan du début du siècle, à l’image d’une Union Européenne préférant sauver l’Euro aux États-nations.

Pour garder la tête hors de l’eau, les « big three » qui étaient surendettés, sous-capitalisés et concurrencés dans les ventes internationales par les constructeurs japonais en particulier ; ont joués sur deux tableaux : le plan de sauvetage du gouvernement fédéral, puis ont appuyés fortement sur la baisse des salaires de base dans l’industrie automobile couplée à un chômage partiel. Cette reprise est-elle durable ? Ou ont-ils juste réussi à relancer provisoirement la production, en jouant sur ce tableau de modèle social régressif qui ressemblerait à la situation chinoise, sur le facteur de la main d’œuvre. Effectivement, on revoit des voitures américaines dans la rue comme dans les années 50-60 après l’apogée de la belle époque et du plein emploi sur Motor City, avec des ventes des plus fortes depuis 2004-2005 avec une reprise jusqu’à 2015 de 180 000 emplois. Cette renaissance de l’industrie est déclarée officiellement par Barak Obama dans une usine à Toledo (l’Ohio) voisin du Michigan, en septembre 2012.

L’entreprise Chrysler le confirme dans sa sauvegarde de milliers d’emplois tout en remboursant sa dette avec intérêt.

Dès lors, la gouvernance américaine est sûre d’avoir agi avec pragmatisme et sang-froid pour sauvegarder ce fleuron de l’automobile qui serait encore une assise industrielle dans l’innovation. De même qu’énormément d’emplois sont encore dépendants des trois grands constructeurs, qui sans intervention auraient pu faire rayer à jamais Détroit de la carte.

Comme expliqué plus haut, le cas des Etats-Unis est unique, sous l’effet de ce facteur de « grande disparité territoriale ». Au-delà, de la comparaison du facteur niveau de vie entre les régions, l’autre facteur d’importance est la « fluidité du travail » qui par conséquent plus accommodant à travers les états par la langue commune et une culture sensiblement identique. A la différence de notre zone euro où le modèle économique social est trop discordant dans l’exclusivité historique et culturelle de chaque pays. Si la solution était de remettre en marche une certaine industrie dans certaines villes américaines, encore faudrait-il trouver les ingénieurs ? Autre problématique, l’ingénieur est appelé à être mathématicien dans la finance au lieu d’être un chercheur fondamental. Par le déclassement du secteur industriel dans son aspect politique et technique et non d’obsolescence, la population cadre « ingénieur/mathématicien » est souvent fixé à une communauté qui est mobilisé à travers ce réseau de « grand hub » de l’économie mondiale que sont ces grandes métropoles connectées qui produisent 40 % du PIB mondial et 80 % de la production technologique mondiale. 29 Sans compter qu’ils sont aussi soumis à un « entre soi en dehors des frontières » 30 qui rentrent dans une vision décriant un monde divisé en nations avec des peuples et des cultures, plébiscitant une entité unique, dans laquelle l’enracinement serait à éradiquer au profit de la mobilité.

A Détroit ou dans d’autres villes aux États-Unis, à la même géographie culturelle et économique, l’attente d’une main d’œuvre spécifique de cadres dirigeants de très haut niveau (souvent ingénieur) pour ce type d’industrie d’ancienne manufacture n’est peut-être plus prioritaire et serait de plus en plus obsolète. En admettant que d’autres «hyper-nomades » dans leurs qualités de super-innovateurs, d’esprits créatifs, d’informalité ; qui par leurs seuls talents et ingéniosités pensent à exploiter ces villes aux superbes opportunités d’innovation, en particulier dans les secteurs de télécommunications et financier, mais dans et par quel modèle ? Le néo-libéralisme ?

En effet, ces nomades hyper-connectés sont d’avantage appelés dans ces villes globales 31 tissées et définies dans ce cadre d’urbanisation accélérée du monde et dans un processus de planétarisation de l’économie mondiale entre ces grandes villes 32 qui concentreraient par conséquent une grande part des richesses, de savoir et de pouvoir. Ainsi, dans une explication purement économique, le contexte de l’internationalisation revoit la géographie urbaine et de plus, la recomposition des marchés de l’emploi dans son offre et sa demande, de manière à exclure ce type de villes trop spécialisées dans leurs secteurs, ici, purement industriel ou purement divertissant. Les villes globales sont surtout construites en tant que plate-forme pluridisciplinaire selon Saskia Sassen 33, plusieurs fonctions concentrant les économies. L’ancienne centralité industrielle se voit remplacer par la nouvelle centralité économique.

Ces nouvelles métropoles suprématistes (Londres, N-Y, Paris, Dubaï, etc.) sont devenues des centres vitaux de l’économie internationale et sont reliées entre elles par un réseau d’interconnaissance, c’est-à-dire en réseau de villes homogènes. Ce type de réseau entre villes globales, peut-il déclasser d’autres villes ? Celles-ci convergeront vers une homogénéisation de déclassement dans leurs territoires nationaux ou en jumelage international avec d’autres.

Cette analyse pose d’une part, une remise en question dans la hiérarchie des villes urbaines, dans leur dualité entre le « local » et le « mondial » qui se transpose à la population : le « sédentaire producteur » et le « néo-nomades connectés ». Dès qu’il y a un aménagement économique du territoire, il y aurait la même équivalence34 entre les lieux. Ici, entre les agglomérations. Au temps de Guy Debord, la circulation humaine prise dans cette équivalence est placée dans un contexte touristique, qui se justifie par le « banal » toujours rattaché au « matériel à chaque lieu » semblable, de sorte que l’homogénéisation de l’espace s’amalgame avec les déplacements, eux aussi homogénéisés.

D’autre part, la centralité entre villes globales est plus accrue par l’accélération des échanges entre ceux-ci, au point que ces villes soient des « capitales du capital » 35. La sélection de ces villes n’est pas à dissocier du capitalisme dans ces différentes métamorphoses : le capital comme représentation sans consistance cherchant à se dupliquer sans objectif concret 36. La rentabilité du capital arrive à son paroxysme, au point que celui-ci pour trouver une sortie doit se régénérer en tirant quelques leviers notamment la spoliation des populations, remarqué dans un tissu urbain comme premier indice de paupérisation. Ces villes américaines en déclins sont des étapes qui justifient ce retournement contre l’économie réelle37 avec la ponction des flux réel. La ville voit sa structure de production38 changer, produisant des transformations d’élections entre villes et les matérialisant dans le global ou non ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.